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Arthur Millénaire ~ Nous c'est pas pareil... on y va pour mourir, c'est tout

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Arrivée : 06/12/2014
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MessageSujet: Arthur Millénaire ~ Nous c'est pas pareil... on y va pour mourir, c'est tout   Sam 6 Déc - 15:56

Tcheky Karyo
Âge: 60 ans
Statut de sang: Sang-pur depuis au moins cinq générations
Groupe: Professeur
Baguette: bois de châtaigner, écaille de dragon, vingt-neuf centimètres et demi, rigide et peu docile
Epouvantard: Un sablier à taille humaine, avec lui-même enfermé dedans, qui vieillit et rajeunit au rythme du sable qui coule vers le bas ou le haut
Rapeltout: On voit souvent Arthur appuyer son pouce entre ses sourcils, cela peut signifier qu’il est fatigué, désolé, en colère ou en train de réfléchir. Son rythme de conversation est également lent et décousu, pour cause de réflexion intempestive. Et il tremble beaucoup.
Beuglante: A part sa fille et sa famille, Arthur n’a que peu d’objets d’affection. Il y a d’abord son animal de compagnie, Söyembikä, un chat de gouttière au pelage long, blanc, cannelle et noir, aussi asociale que son maître, et, au risque d’étonner ceux qui ne savent pas d’où il vient, les confiseries ; il en transporte toujours avec lui et s’en délecte dès qu’il est seul. De l’autre côté, les choses qu’il n’aime pas sont légions : le bruit, l’agitation, les ronds de jambe… Mais il n’y a rien qu’il exècre plus que quelqu’un essayant de le prendre pour une pomme.
Pensine: 10 mai 1949. Il est neuf heures et quelques minutes et Arthur est en train de restaurer un vieil ouvrage dans son atelier de la Bibliothèque Nationale Magique, quand la porte s’ouvre brusquement sur un homme échevelé. Arthur le reconnait pour l’avoir rencontré plusieurs fois : Ernest Bonaugure, le rédacteur en chef du Monde Magique et supérieur d’Alma. Immédiatement, il est en alerte. La teinte rouge cramoisi et les gestes fébriles de l’homme lui font présager le pire. Sa femme est en danger, blessée, capturée, disparue, torturée… « Alma est morte. » le journaliste dit entre deux respirations sourdes. « Le soviets, les amerloques, je sais pas. » il ajoute, comme pour se justifier. « Les moldus, les sorciers, je sais pas. » il ajoute, comme pour se dédouaner. « Le corps est en miettes. Son contact à Sverdlovsk nous l’envoie dès qu’il peut. » il ajoute, comme pour exorciser. En enfin il se tait, comme pour respecter.
Arthur ne dit rien, ne pense rien. Il s’est levé sans s’en rendre compte et sa baguette crache toujours de petites étincelles d’or destinées à faire disparaître la moisissure des pages. Il a le regard blanc. Il a le cœur immobile. Il vient de perdre la moitié de sa vie.
Patronus: comme il n’est plus un adolescent depuis belle lurette, son patronus n’est toujours qu’un simple sortilège. Fut un temps où c’était un chien, aujourd’hui, c’est un sanglier.
Emploi: Arthur a connu de nombreux emplois. Apprenti confiseur dans sa jeunesse, puis libraire, vendeur de glaces pendant un été, restaurateur de livres anciens, peintre amateur et vendeur de thé d’un temps dans un bazar au Moyen-Orient, guide de musée, pigiste à ses heures perdues, archiviste pour la Cour de justice, professeur dans le tiers-monde, pour finalement devenir professeur d’histoire de la magie à Beauxbâtons.
Arthur Millénaire
Caractère

Quand il était jeune, Arthur était quelqu’un de vif, souriant, très serviable, expressif et résolument optimiste. A le voir aujourd’hui, on a du mal à l’imaginer.

Il ne sourit plus. Il promène partout un visage fermé, une dissuasion pour tous de l’approcher de trop près. Avare de mots, il grogne plus qu’il ne parle et veille à être sec avec tout le monde en toutes circonstances. Ceux qui ne suivent pas ses cours se prennent invariablement la porte et, si son bureau est toujours ouvert à un élève torturé par une question, la réponse sera brève et l’entretien expéditif. Gare à celui qui pousse à bout sa maigre patience, car on trouve difficilement plus irritable qu’Arthur et le vieil homme n’a aucun scrupule à punir sévèrement.

Mais plus que tout, Arthur est las. Fatigué. Il a soixante ans, mais il a l’impression d’en porter cent-vingt. Il a tout vécu. Toutes les joies et toutes les peines, toutes les victoires et toutes les défaites, toutes les musiques et tous les silences, toutes les larmes et tous les rires. Il a vu défiler le monde et les gens ; il a vu son enfance partir en flamme avec sa maison, il a vu sa jeunesse mourir avec sa femme, il a vu sa vieillesse grandir avec sa fille et il a entendu la mort se rapprocher avec le premier cri de son premier petit-fils.

Désormais, il n’y a plus rien que la vie peut lui offrir et il n’en attend plus rien. Les jeunes sorciers et sorcières courent autour de lui et crient et vivent mais il ne s’en préoccupe pas. Il ne veut pas les voir, il ne veut pas les entendre, il ne veut pas les toucher. Il ne veut plus rien vivre ; il en est fatigué.

Si le temps passé avec sa fille, son gendre et ses deux petits-fils a encore une valeur pour lui, une valeur inestimable même, dès qu’il les quitte, il recommence à attendre au rythme de sa mémoire et de son horloge à balancier.

Attendre la mort comme on attend une vieille amie, en espérant qu’elle soit ponctuelle.

Patronus

Un souvenir heureux, son mariage sans étonnement ou la naissance de sa fille parfois, et un peu de brume, voilà ce qu’est simplement le patronus d’Arthur. Il a réussi à le matérialiser pour la première fois à vingt-six ans. A l’époque, c’est un chien sautillant qui est sorti de sa baguette. Le temps est passé sans qu’il n’ait recours à ce sortilège souvent. On ne croise pas de détraqueurs au détour d’une rue et il n’a pas de message urgent qu’un hibou ne puisse transporter. Pourtant, un jour, il s’est retrouvé face à un détraqueur lors d’une visite à un centre de détention et il a invoqué son patronus. Cette fois-ci, et toutes les fois suivantes, c’est un sanglier qui est apparu, sans qu’il sache quel événement particulier a provoqué ce changement.



Origines Sociales

Dans la famille Millénaire, on était maître confiseur de père de fils depuis six générations. Renommées dans tout le monde magique français, les sucreries Millénaire s’arrachaient, parfois à des prix indécents, et leur qualité n’avait jamais été démentie. La confiserie Millénaire était néanmoins restée un atelier familial, ne comptant aucun employé, situé un peu à l’écart d’un hameau charentais. Né dans ce cadre, Arthur a hérité de son père la classe Vauquelin, et aurait dû hériter également de ses talents et de son atelier.

La vie réservant bien des rebondissements, il a vogué dans toutes les classes sociales. Il a exercé de nombreux métiers destinés aux Châstain, a épousé une De Châteaubriand ayant renié son héritage pour se consacrer au journalisme, été considéré comme un Salvage lors de sa fuite au Moyen-Orient après la mort de sa femme, pour finalement s’établir dans une activité intellectuelle digne d’un Guillory en enseignant l’histoire de la magie.

Aujourd’hui, lorsqu’on lui demande, il répond simplement qu’il n’a plus besoin de telles distinctions.


Histoire


Araines & Beauxbâtons
La guerre que les moldus appelaient la Der des der était encore fraîche dans toutes les mémoires lorsqu’Arthur vint au monde. Certes, les sorciers ne s’y étaient pas officiellement impliqués, mais la famille Millénaire vivait au milieu des moldus et voyait directement ses ravages. Renonçant à afficher une opulence, qu’il possédait néanmoins, alors que ses voisins devaient difficilement réapprivoiser la terre, Léon Millénaire nourrit sa famille avec les mêmes moyens que possédaient les plus modestes moldus et Arthur apprit dès son plus jeune âge la privation et l’humilité, ce qui ne l’empêchait guère d’être un naturel rieur et de sourire à tous, amis comme étrangers. Dans le petit hameau d’Araines, en Charente, en bordure duquel il habitait, tous les enfants voulaient jouer avec lui et sa joie de vivre était si contagieuse que même les estropiés de guerre craquaient un sourire en lui ébouriffant les cheveux.

Il fut envoyé à l’académie de Beauxbâtons dès la première année de cours élémentaires. Là-bas, plus que son sourire et son enthousiasme, ce fut sa personnalité docile et arrangeante qui plut. Sauf en ce qui concerna sa camarade Alma de Cœurmarais, fille de riches propriétaires terriens, qui fut elle conquise par les sucreries qu’il avait toujours plein les poches. Et comme les barrières sociales sont toujours d’insignifiantes choses pour les enfants, Alma et Arthur devinrent vite meilleurs amis du monde.

Alors qu’il s’apprêtait à entrer dans le cursus d’études appliquées de la magie, Arthur encaissa coup sur coup deux facéties du destin, les premières épreuves qui commencèrent à éroder son sourire et à le faire grandir.

La première fut son absence de talent pour la confiserie. Là où son père, et le père de son père, et le père du père de son père, et ainsi de suite, s’étaient tous brillamment illustrés, le jeune garçon décevait de loin les attentes. Ce n’était pas faute de travail, ni d’envie de réussir, car Arthur ne voulait rien de plus au monde que d’être la fierté de sa famille, et il ne comptait pas les heures et la sueur qu’il versait dans ce but. Mais le talent, cette étincelle innée qui avait illuminé son ascendance, avait manqué son berceau. Et pourtant, en tant qu’enfant unique, tout l’héritage Millénaire pesait ses épaules inaptes et cela désespérait autant le père que le fils.

La deuxième facétie du destin eu pour cadre la belle Nice et une magnifique journée ensoleillée. Pendant des heures heureuses, Gaëlle Millénaire et son fils avaient arpenté les boutiques magiques pour préparer son entrée dans le monde des grands. Alourdis par livres et matériel, et ayant encore le goût d’une glace à la vanille sur les lèvres, ils poussèrent la porte de la dernière échoppe à visiter : Gauthier, père et fils. Comme tous, Arthur attendait impatiemment d’être choisi par une baguette. Attente simple, innocente, que personne ne pourrait imaginer déçue. Pourtant, après plus de quatre heures d’essayage, ni Arthur, ni sa mère, ni le fabricant lui-même, ne croyait plus qu’une baguette de la boutique brillerait pleinement pour l’enfant. Même s’il en pleurait. En désespoir de cause, il reçut un bâton en châtaignier, celui avec lequel il avait le moins de dissonance. Le gérant proposa une réduction sur le prix, en guise d’excuse pour ce cas de figure exceptionnel, mais Gaëlle Millénaire la refusa. Elle murmura à son fils inconsolable que le lien le plus important était le temps et qu’un jour sa baguette et lui seraient indissociables.

Indissociables, ils le furent, mais synchronisés, jamais vraiment.

Le manque d’harmonie avec sa baguette ne fut jamais comblé par la volonté ou l’entraînement ; Arthur ne fut jamais doué en sortilège, ou en tout ce qui demandait un tour de baguette. Pourtant, il ne voulut jamais en changer, même des années plus tard quand les portes des fabricants du monde entier s’ouvraient à lui. Au lieu de quoi il choisit comme domaine de prédilection toutes les matières dans lesquelles il n’avait pas besoin de murmurer des enchantements. Il apprit les livres d’étude par cœur et visa la perfection pour le moindre de ses devoirs écrits.

Il pouvait heureusement compter sur l’amitié indéfectible d’Alma. Là où la ségrégation sociale se renforçait à mesure qu’ils grandissaient, les deux enfants, puis adolescents, restaient toujours aussi proches. Il s’était forgé entre eux petit à petit un lien qui transcendait tout. Peu importe combien Alma s’imprégnait de la fierté de la noblesse, elle enlaçait toujours Arthur dans les moments les plus impromptus. Et peu importe combien Arthur apprenait à respecter et révérer les gens bien-nés, il ne baissait jamais les yeux devant Alma.

Arthur quitta Beauxbâtons, obtenant de justesse son certificat d’études appliquées de la magie. Mais les meilleures notes de sa promotion en histoire de la magie et en littérature magique furent les siennes. Il s’installa alors dans une situation sans issus. Apprenti auprès de son père dans l’atelier de confiserie familiale, il avait beau mettre plus d’effort dans son art que toutes les générations précédentes réunies, cela peinait à compenser son manque de talent. A cette époque, ses seuls joies et espoirs étaient tous en Alma, restée à l’Académie pour des études supérieures, avec qui il partageait une correspondance dense.

Et puis les moldus repartirent en guerre. Encore une fois, le gouvernement magique décida de ne pas intervenir dans ce conflit, ce qui n’empêcha pas des actions individuelles de sorciers de part et d’autre de la ligne de front. Ainsi Alma, dont la famille avait été spoliée d’une petite partie de leur terre, se sentit l’âme d’une résistante et abandonna ses études pour s’impliquer dans les affaires moldues.

La confiserie Millénaire se trouvait pratiquement sur la ligne de démarcation barrant la France moldue. Une aubaine pour Alma qui réussit à convaincre Léon et Gaëlle de faire de leur propriété un point de passage pour toutes sortes de réfugiés, civils et militaires, allant vers la zone occupée ou la zone libre. Et la demeure qui était devenue si sombre du futur sans espoir de la confiserie familiale revint soudain à la vie par cette vocation inattendue. La fortune Millénaire fut investie pour nourrir tous ces estomacs, souvent sans fond, Arthur redevint un petit enfant souriant en prodiguant soin et réconfort à toutes ses personnes déracinées et, malgré la guerre qui grondait là-dehors, la bulle des ateliers d’Araines était un paradis.

Ce fut dans ce contexte qu’Arthur se maria. La décision fut prise sur un coup de tête, la demande fut spontanée et la réponse passionnée. Tous, des mariés, à la famille, aux réfugiés moldus, préparèrent la cérémonie en hâte. On fit venir un prêtre d’une paroisse proche, on emprunta une robe à une voisine, on dénicha de simples anneaux bruts comme alliances, on dressa des tréteaux avec ce qu’on avait sous la main, on servit des sucreries et chocolats sortis de l’atelier Millénaire en guise de gâteau et on lança des fleurs des champs faute de pouvoir gaspiller du riz. Prévenus à la dernière minute, seuls la moitié des oncles, tantes et cousins d’Arthur purent assister à la fête et seule une sœur d’Alma accepta d’être présente à une union jugée si dégradante, mais on invita tous les habitants des alentours pour compenser. Personne ne regretta le déplacement et tout le monde s’accorda pour dire que jamais dans le monde on ne fut plus heureux que ce 12 juin 1942 à Araines.

Et comme pour tout rêve, il y eut un réveil. La guerre se rappela à la quiétude. On découvrit les émigrations et immigrations illégales qu’organisait Alma et on brûla les habitations qui abritaient ce trafic. Qui fut ce on ? L’armée allemande ? Le gouvernement de Vichy ? Ou était-ce un acte de la royauté sorcière, une punition pour avoir pris part à un conflit moldu ? Arthur ne le sut jamais. Grâce à quelques aguamenti discrètement invoqués, l’incendie ne causa pas plus de dommages humains que quelques brûlures. Mais des ateliers centenaires de la famille Millénaire, il ne resta que des cendres. Un labeur de six générations, le rêve de vies entières, envolé en fumée. Quelque chose se brisa définitivement chez le patriarche. Il prit sa femme avec lui, s’exila sur l’île d’Oléron et mourut là-bas en haïssant le sucre et le feu.

Paris
Avec un soulagement coupable, Arthur se détourna de la confiserie. Tandis que les moldus posaient les nouvelles bases d’un monde bipolaire, Alma et Arthur, tout deux sans aucune attache désormais, construisirent les nouvelles bases de leur vie. Un petit appartement dans les combles, au milieu d’un quartier surchargé du Paris sorcier, devint leur foyer. Les repas à l’emportée savourés sur le toit avec des fleurs dans les cheveux devinrent leur quotidien. Un ventre qui s’arrondit devint leur rêve.

Après avoir vogué quelques mois d’un petit boulot à l’autre, Arthur s’établit en libraire. Ce n’était pas une vocation, mais son métier lui importait peu temps qu’il pouvait maintenir sa vie telle qu’elle était, si proche de la félicité. Après plusieurs refus de différents journaux, Alma parvint finalement à réaliser un rêve qui lui avait valu, en addition à son mariage, d’être déshéritée. Sous l’égide du Monde Magique, elle parcourait le monde sorcier et publiait des reportages politiques, touristiques ou de société. A Prague un jour, en Afrique le lendemain, en Sibérie un matin, à New-York à midi et au milieu de la Pampa le soir. Pourtant, son absence n’était jamais pesante, elle était au contraire pleine de ses attentions, de ses promesse et de l’imminence de son retour.

L’apogée de cette bienheureuse période fut également l’apogée d’une vie, l’apogée d’une histoire. Léopoldine naissait un matin, avec le soleil, après une longue nuit de travail.

La joie ne semblait jamais vouloir s’arrêter de pleuvoir. Tous les jours étaient une fête, chaque instant était le plus beau jour d’une vie. Le soleil, la pluie et le brouillard était des temps rêvés, les plus importantes contrariétés n’étaient que des petits cailloux par-dessus lesquels sauter, chaque pièce dans la paume d’une main était d’innombrables possibilités. Des sourires immuables, des rires permanents, des photos par centaines, des souvenirs brillants, des étreintes sans fin, de l’amour à guérir les maux de l’univers et du temps éternel.

Mais chaque royaume se doit de tomber. Arthur avait intégré depuis quelques mois le personnel de la Bibliothèque Nationale Magique en tant que restaurateur d’ouvrages anciens lorsqu’il apprit la nouvelle. La mort violente d’Alma. Bien que ses reportages ne portassent que sur le monde sorcier, les autorités moldues, américaines et soviétiques, avaient repéré les fréquents voyages de la jeune femme entre les deux blocs. Personne ne sut jamais ce qui lui était exactement arrivé, mais son corps revenu en morceau d’URSS fut incinéré et dispersé au quatre vents.

Pour Arthur, Alma n’était pas seulement sa femme. C’était l’amour d’une vie. Un amour évident, immuable et éternel, de ceux qui font croire à la destinée et aux âmes sœurs. Jamais il n’avait envisagé une vie sans Alma. Pourtant, il se retrouvait noyé en plein dedans.

Moyen-Orient
Couleurs entêtantes, odeurs enivrantes, rumeur sourde, ambiance saturée. Dans un bazar au Moyen-Orient, une petite fille court entre les étals aux mille et une teintes et mille et un parfums. Elle est blonde, vêtue de blanc et ses pieds nus agiles savent quand sauter et tourner. Les marchands la saluent par son nom et elle leur répond par le leur. Elle coupe parfois derrière les établis et sous les présentoirs, et on la laisse faire avec un sourire indulgent. Elle ne ralentit pas avant d’avoir atteint sa destination : le comptoir des thés. Derrières ses paniers emplis de feuilles odorantes, un homme est en train de dessiner au fusain. Sur sa feuille s’ombre la silhouette d’une femme achetant des épices un peu plus loin. Il semble perdu dans son œuvre, pourtant, il remarque la petite blonde avant même qu’elle n’ouvre la bouche pour crier « Papa ! Papa ! ». Il pose son bâtonnet de fusain et la laisse sauter sur ses genoux. Il l’écoute patiemment raconter avec animation ses aventures de la matinée tandis qu’il démêle ses cheveux fous et les tresse. A chaque fois qu’elle tourne la tête vers lui, elle voit qu’il sourit. Et même sans le comprendre, elle ressent tout l’amour qui émane de ses yeux gonflés.
« Et quelqu’un te cherchait papa, finit la petite fille en triturant ses vêtements.
- Quelqu’un me cherchait ? répète lentement le vendeur de thé.
- Oui ! Une dame très très belle. Qui se tient très droite aussi. Avec une coiffure compliquée et une robe pas pratique. Elle demande après Arthur Millénaire. Y’a que toi qui t’appelles comme ça, hein ?
- Oui, il n’y a que moi ici avec ce nom.
- Tu la connais cette dame ?
- Peut-être. »

C’est plus tard dans la journée que la femme à la coiffure compliquée et à la robe pas pratique se présente finalement au comptoir des thés. Le vendeur prend le temps de finir son trait avant de se détourner de son dessin et de lui rendre son salut. Elle a les mêmes pommettes que le petit ange endormis dans la pénombre de l’arrière-boutique. Elle a aussi les mêmes yeux que sa sœur.
« Tu es bien loin de chez toi Thélonie, il dit avec une lenteur qui lui est désormais habituelle.
- Toi aussi Arthur, elle répond de la mélancolie plein la voix.
- Je suis partout chez moi tant que Léo est avec moi. »
Et la femme hoche gravement la tête.

Toute l’après-midi ils discutent. Au réveil de la petite fille, le vendeur de thé la présente à sa tante qui la prend sur ses genoux et lui pose des questions sur sa vie dans le bazar. Elle répond avec enthousiasme, et rassure cette femme qui prétend être de sa famille sur le fait qu’elle ne manque de rien. Elles jouent aux cartes et la petite tient à appliquer ses propres règles. Elles chantent des comptines en français et des rythmes qu’elles ne comprennent pas en arabe. Et elles rient. Et le vendeur de thé ne les quitte pas des yeux. Quand vient l’heure pour tous les enfants de se coucher, les adultes se retrouvent sous des couvertures et autour de tasses fumantes pour discuter des choses sérieuses, comme font toutes les grandes personnes. La femme à la coiffure compliquée explique n’être là que pour des raisons égoïstes. Elle est mariée a un homme qu’elle n’aime pas et ne peut plus trouver de réconfort en la présence de sa sœur ; son beau-frère et sa nièce lui manquent. Mais elle s’évertue à convaincre le vendeur de thé de rentrer dans sa patrie d’origine par des arguments objectifs. Ses parents, l’éducation pour sa fille, une meilleure qualité de vie et l’occasion d’accepter enfin la mort de son amour. Il l’écoute jusqu’au bout. Jusqu’à ce qu’elle baisse la tête.
« S’il-te-plait. Rentre en France avec Léopoldine. »
Il ne dit rien. Il a prit l’habitude de ne plus rien dire.

Le lendemain, la femme embrasse chaleureusement sa nièce et repart chez elle.

Pendant les jours qui suivent, la petite fille surprend souvent son père perdu dans ses pensées. Elle a peur qu’il se soit passé quelque chose de grave. Mais quand elle lui pose la question, il répond par une autre.
« Tu voudrais aller dans une école pour apprendre à maîtriser ta magie ?
- Ça existe ? s’extasie l’angelot. Jana dit toujours qu’y’a pas d’école qui tient la route ici.
- Ce ne serait pas ici Léo.
- Alors où ?
- De là d’où je viens. »
La petite fille s’arrête soudain. Elle cligne plusieurs fois des yeux et regarde son père. Il ne sourit pas, il a l’air grave. Elle s’approche de lui et laisse tomber sa tête dans ses jambes. De là, elle lève les yeux vers son visage.
« C’est d’où que tu viens papa ? »

Deux jours plus tard, le marchand de thé et sa fille prennent le train pour la France.

Noth
Construire une énième fois une nouvelle vie ne fut pas simple. Avec un diplôme moyen et un historique troublé, Arthur eut énormément de mal à trouver un emploi. Il dû demander une avance sur héritage à ses parents pour pouvoir acheter une maisonnette d’une autre époque dans un petit village de Creuse. Au bout de mois de recherches et grâce à une recommandation de Thélonie, il parvint à décrocher un poste d’archiviste à la Cour de Justice de Nice.

Il ne se reposa pas un instant de toute la première année. Entre son travail, les réparations à entreprendre dans la maison, l’absence d’Alma et, surtout, surtout, veiller à ce que Léopoldine ne manquât et ne s’inquiétât de rien, il eut l’impression de prendre dix ans. Mais il finit par trouver son rythme. Il apprit à apprécier le calme poussiéreux des archives et rit parfois de bon cœur avec ses collègues. Il transforma sa demeure en un endroit digne de l’ange qui y vivait, avec un jardin et de jolis rideaux aux fenêtres. Il ne cessa jamais de se languir d’Alma, mais la mélancolie devint douce silencieuse. Et, toujours, tout était pour sa fille.

Elle était plus qu’une raison de vivre. Elle était son bonheur par procuration. Il l’éleva dans un environnement exemplaire, sain et joyeux. Il l’envoya à Beauxbâtons, l’accompagna acheter ses affaires et sa baguette et l’aida à faire ses devoirs. Il lui raconta des contes et lui parla de sa mère. Il lui acheta de belles robes pour les fêtes et la gronda lorsqu’elle les lui rendit couvertes de boue. Il l’écouta parler de ses joies et de ses peines et lui donna des conseils pour la vie. Il lui monta des repas lorsqu’elle s’enferma dans sa chambre. Il la prit dans ses bras et l’embrassa sur le front. Et peu à peu, lentement et joliment, le temps passa.

Léopoldine grandit. Etudia le droit. Devint avocate. Rencontra un certain Lorenzo Morante, un nobliau italien rêvant de créer des potions pouvant guérir toutes les conditions magiques. Se maria. S’installa dans un beau et ancien manoir à proximité de Nice, de la mer et de l’Italie. Et s’émancipa de son père.

Autour du monde
Léon Millénaire rendit l’âme, sa femme le suivit peu après et Arthur se sentit plus seul que jamais. Ses parents morts, Alma morte et Léopoldine qui n’avait désormais plus besoin de lui, il était coupé du monde. Il n’avait plus aucun but. Plus aucune raison de se lever le matin. Pourtant, le livre n’était pas terminé, toute une section restait vierge ; sa vie n’était pas encore à son terme.

Alors il recommença tout une nouvelle fois. Il laissa sa maisonnette à Noth à l’abandon, en espérant qu’un jour elle serve de refuge à quelque dans le besoin, quitta la France, et s’efforça de faire quelque chose avec du sens.

Arthur parcouru le tiers-monde, toutes ces colonies ayant juste obtenue leur indépendance ou luttant encore pour. Il apprit le français, l’anglais, l’histoire et la géographie à des moldus et des sorciers n’ayant pas la possibilité de fréquenter une école comme Beauxbâtons. Il leur donna de son temps, de sa patience et un peu de son être. Il écouta les histoires de ces enfants comme il avait écouté celles de sa fille. Il s’appliqua à sécher leurs larmes comme il avait séché celles de sa fille. Il s’escrima à leur proposer une vie un peu plus belle comme il avait offert la plus belle vie dont elle aurait pu rêver à sa fille. Et quand il semblait qu’il avait réussi avec un groupe d’élèves, il partait pour ailleurs.

Il ne perdit jamais le contact avec Léopoldine. Un hibou était toujours en vol vers l’un ou l’autre. Et lorsque, plusieurs années après être parti, il reçut une lettre de sa main lui disant être presque à terme, il n’hésita pas un instant et rentra. Parce que, petit à petit, il avait compris. Peu importait où il allait et combien de temps il y restait, au final, son cœur aspirerait toujours à revenir chez lui. Et chez lui, c’était là où était sa fille.

Beauxbâtons, dernier acte
Il assista à la naissance de Federico et en pleura. Il n’aurait pas imaginé que quelque chose pût encore l’émouvoir autant de ce côté-ci de la mort. Mais comme il avait été un père modèle, il voulut être un grand-père qui donnerait des sucreries en cachette et raconterait des anecdotes compromettantes sur la jeunesse de maman. Très vite, Léopoldine fut de nouveau enceinte et un Benvenuto vint agrandir l’arbre généalogique.

A sa grande surprise, l’enseignement lui manqua. Pour pouvoir être proche de sa famille, il renonça à repartir à la rencontre d’élèves dans le tiers monde. A la place, il mit tous ses efforts dans la recherche d’une place en France. Sans y croire vraiment, il postula pour être professeur d’histoire de la magie à l’académie de Beauxbâtons, qu’il devait toujours chérir pour être l’endroit qui lui avait permis de rencontrer Alma. Il n’avait pas l’impression d’être à la hauteur de l’excellence demandée par cette école, mais son expérience de vie convainquit, et il prit ses fonctions et s’acquitta de tout son cœur glacé de la tâche de transmettre son savoir.

Ainsi, il avait vécu.

Derrière l'écran
ϟ pseudo et âge: Lentilles, 20 ans
ϟ Où as-tu trouvé le forum? c’est toujours à cause de ma sœur
ϟ Personnage: inventé
ϟ As-tu un autre compte sur EP? yep, Octavia
ϟ Es-tu également sur BP? non
ϟ Présence: toujours pareil, dépendante de mon humeur
ϟ Une remarque? D'abord, je m'excuse pour la longueur de l'histoire... Pour ma défense, résumer 60 ans, c'est pas facile...
Sinon, j'ai deux questions : est-ce que je dois recenser le patronus d’Arthur même si c’est juste son sortilège standard ?
Et, techniquement, à quelle classe est rattachée Arthur ? Parce qu'en étant professeur, donc un métier intellectuel, il devrait tomber sous la coupe des Guillory. Mais il me semble que les professeurs ont gardé leur classe de naissance/précédent leur nomination. Donc je sèche un peu..  


Dernière édition par Arthur Millénaire le Sam 13 Déc - 17:40, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Arthur Millénaire ~ Nous c'est pas pareil... on y va pour mourir, c'est tout   Sam 6 Déc - 16:05

Re bienvenue avec ce nouveau personnage BRILLE I love you


- My mind's lost in bleak visions -
Underneath the skin there's a human, buried deep within there's a human, and despite everything I'm still human, but I think I'm dying here. Woken up like an animal, I'm all ready for healing. My mind's lost with nightmares streaming, woken up kicking, screaming. Break me out of this shell-like case I'm in.
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MessageSujet: Re: Arthur Millénaire ~ Nous c'est pas pareil... on y va pour mourir, c'est tout   Sam 6 Déc - 16:38

Re bienvenue !! Prepare un lien :
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MessageSujet: Re: Arthur Millénaire ~ Nous c'est pas pareil... on y va pour mourir, c'est tout   Sam 6 Déc - 17:50

Contente de t'avoir pervertie jusqu'au bout HIHI I love you
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MessageSujet: Re: Arthur Millénaire ~ Nous c'est pas pareil... on y va pour mourir, c'est tout   Dim 7 Déc - 11:33

rebienvenue avec ce personnage BRILLE il a l'air d'envoyer du paté ! I love you



flawless
You wake up, flawless Post up, flawless Ridin' round in it, flawless Flossin' on that, flawless This diamond, flawless My diamond, flawless This rock, flawless My rock, flawless I woke up like this I woke up like this We flawless, ladies tell 'em. ©️endlesslove.
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MessageSujet: Re: Arthur Millénaire ~ Nous c'est pas pareil... on y va pour mourir, c'est tout   Dim 7 Déc - 20:05

Merci pour ce re-accueil chaleureux CLOUD
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MessageSujet: Re: Arthur Millénaire ~ Nous c'est pas pareil... on y va pour mourir, c'est tout   Lun 8 Déc - 3:06

Rebienvenue BRILLE très bon choix d'avatar BRILLE Chou
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MessageSujet: Re: Arthur Millénaire ~ Nous c'est pas pareil... on y va pour mourir, c'est tout   Lun 8 Déc - 17:50

Merchi BRILLE
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MessageSujet: Re: Arthur Millénaire ~ Nous c'est pas pareil... on y va pour mourir, c'est tout   

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Arthur Millénaire ~ Nous c'est pas pareil... on y va pour mourir, c'est tout

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